L’électrification de l’Afrique : Un défi énergétique à fort impact RSE pour les entreprises

L’électrification de l’Afrique constitue un enjeu majeur pour le développement durable du continent. Avec un déficit énergétique persistant, l’accès universel à une énergie fiable, abordable et propre est à la fois une urgence sociale et un levier stratégique pour les entreprises engagées en matière de RSE et d’ESG. Ce défi appelle une mobilisation conjointe des acteurs publics et privés pour répondre aux besoins croissants. Des besoins intégrant les exigences de la transition énergétique.

Une population en croissance, une demande énergétique en explosion

La population africaine croît à un rythme dynamique. En 2024, elle dépasse 1,5 milliard d’habitants. Et, selon les projections de l’ONU, elle atteindra 2,5 milliards d’ici 2050, représentant alors un quart de la population mondiale. Cette dynamique démographique s’accompagne d’une urbanisation accélérée. En effet, d’ici 2030, plus de 60 % des Africains vivront dans des villes. Cela exercera une pression considérable sur les réseaux électriques.

Or, d’après Agence internationale de l’énergie (AIE), plus de 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne n’ont toujours pas accès à l’électricité. Le lien entre développement économique et consommation énergétique est pourtant direct. En 2022, la consommation d’énergie par habitant en Afrique était de 0,5 tonne équivalent pétrole, contre 3,5 en moyenne mondiale. Sans accès fiable à l’électricité, ni les ménages ni les entreprises ne peuvent prospérer durablement.

L’Objectif de Développement Durable n°7 (ODD 7), garantissant l’accès de tous à une énergie fiable, durable et moderne d’ici 2030 est ambitieux. Cependant, sans efforts colossaux, il reste hors de portée. Selon la Banque mondiale, il faudrait investir plus de 25 milliards de dollars par an jusqu’en 2030 rien que pour atteindre l’électrification universelle en Afrique subsaharienne.

Une réponse à un défi régalien des États africains

L’énergie est une compétence étatique. Cependant, la réalité budgétaire des États africains limite leur capacité à répondre seuls à l’ampleur de la demande. Pour illustration, les déficits de financement dans le secteur énergétique africain s’élèvent à environ 40 milliards de dollars par an (BAD).

Les taux d’électrification varient fortement selon les pays. Alors que le Maroc affiche un taux de 100 %, la République démocratique du Congo peine à atteindre 20 %. L’électrification rurale reste le défi principal. Avec seulement 36 % de couverture en milieu rural en moyenne sur le continent (AIE). Face à ces contraintes, les partenariats public-privé (PPP) deviennent essentiels. Le Programme pour l’accès à l’énergie durable pour tous (SE4All) promeut notamment des modèles hybrides de gouvernance énergétique. Ces modèles combinent régulation publique et investissement privé.

Ainsi, fournir une énergie fiable, abordable et durable est non seulement une exigence économique, mais aussi une condition essentielle de cohésion sociale et de prévention des tensions politiques, notamment dans les zones marginalisées.

Entreprises : un rôle stratégique dans la transition énergétique africaine

Dans un contexte mondial de lutte contre le changement climatique, l’Afrique, bien que n’émettant que 3 à 4 % des émissions mondiales de CO₂ , est parmi les continents les plus vulnérables. L’évolution du mix énergétique est donc stratégique. Aujourd’hui, plus de 70 % de l’électricité produite sur le continent provient de sources fossiles, mais les potentiels renouvelables sont énormes. Selon l’ Agence internationale pour les énergies renouvelables le continent africain détient 60 % du potentiel solaire mondial inexploité.

Les entreprises ont un rôle moteur à jouer dans ce basculement. En 2023, des firmes comme TotalEnergies, Enel ou Engie ont investi dans de vastes projets solaires et éoliens sur le continent. Le projet Noor Ouarzazate au Maroc est devenu un symbole du potentiel solaire africain. En parallèle, des startups locales comme d.light, M-KOPA ou Bboxx démocratisent les kits solaires domestiques. Ces kits ont déjà été adoptés par plus de 40 millions de foyers. Les engagements ESG (environnement, social, gouvernance) doivent désormais se traduire concrètement sur le terrain. Et, contribuer au développement des compétences locales, à l’inclusion énergétique et à la décarbonation des usages.

Conclusion

L’électrification de l’Afrique n’est pas seulement un impératif technique. Elle incarne une responsabilité collective et une opportunité stratégique pour les acteurs engagés. Les entreprises, en alignant leurs politiques RSE avec les priorités énergétiques du continent, peuvent devenir des accélérateurs puissants d’un développement durable. L’Afrique a besoin d’investissements, mais aussi de vision, de coopération et d’innovation. L’énergie en est la clé.

Auteur : Claude KOMBILA